Vous êtes ici : » Laics Missionnaires » La mission en Asie

ECCLESIA IN ASIA

CHAPITRE I : LE CONTEXTE DE L'ASIE
Donné à New Delhi, en Inde, le 6 novembre 1999, en la vingt-deuxième année de mon pontificat.

Retour | Imprimer


L'Asie, berceau du Christ et de l'Eglise

5. L'Incarnation du Fils de Dieu, que l'Eglise entière commémorera solennellement pendant le grand Jubilé de l'An 2000, a eu lieu dans un contexte historique et géographique défini. Ce contexte a exercé une influence importante sur la vie et la mission du Rédempteur en tant qu'homme. « Dieu a assumé en Jésus de Nazareth les caractéristiques propres de la nature humaine, y compris l'appartenance nécessaire de l'homme à un peuple déterminé et à une terre déterminée. [...] La terre concrète, physique, et ses coordonnées géographiques ne font qu'un avec la vérité de la chair de l'homme assumée par le Verbe ».7 En conséquence, la connaissance du monde dans lequel le Sauveur « a habité parmi nous » (Jn 1, 14) est une clé importante pour une compréhension plus précise du dessein du Père éternel et de l'immensité de son amour pour chaque créature: « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16).

Pareillement, l'Eglise vit et remplit sa mission dans des circonstances concrètes de temps et de lieu. Une conscience aiguë des réalités diverses et complexes de l'Asie est essentielle si le peuple de Dieu sur ce continent veut, dans la nouvelle évangélisation, répondre à la volonté de Dieu sur lui. Les Pères du Synode ont insisté sur le fait que la mission d'amour et de service de l'Eglise en Asie est conditionnée par deux facteurs: d'un côté, sa compréhension d'elle-même en tant que communauté de disciples de Jésus Christ réunis autour de leurs Pasteurs et, d'un autre côté, les réalités sociales, politiques, religieuses, culturelles et économiques de l'Asie.8 La situation de l'Asie a été examinée en détail pendant le Synode par ceux qui vivent en contact quotidien avec les réalités extrêmement diversifiées de cet immense continent. Ce qui suit constitue, de manière synthétique, le résultat des réflexions des Pères synodaux.


Réalités religieuses et culturelles

6. L'Asie est le continent le plus étendu de la terre et elle est habitée par environ deux tiers de la population mondiale, la Chine et l'Inde comptant près de la moitié de la population totale du globe. La caractéristique la plus frappante du continent est la variété de ses peuples, qui sont « les héritiers de cultures, de religions et de traditions anciennes ».9 On ne peut qu'être surpris devant l'ampleur imposante de la population de l'Asie et devant la mosaïque complexe de ses nombreuses cultures, langues, croyances et traditions, qui constituent une part substantielle de l'histoire et du patrimoine de la famille humaine.

L'Asie est aussi le berceau des plus grandes religions du monde – judaïsme, christianisme, islam et hindouisme. C'est le berceau de bien d'autres traditions spirituelles comme le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme, le zoroastrisme, le jaïnisme, le sikhisme et le shintoïsme. Des millions de personnes adhèrent également à des religions traditionnelles ou tribales, avec des degrés divers de rites structurés et d'enseignement religieux officiel. L'Eglise a le respect le plus profond pour ces traditions et elle cherche à engager un dialogue sincère avec leurs adeptes. Les valeurs religieuses qu'elles enseignent attendent leur accomplissement en Jésus Christ.

Les peuples de l'Asie sont fiers de leurs valeurs religieuses et culturelles, telles que l'amour pour le silence et la contemplation, la simplicité, l'harmonie, le détachement, la non-violence, l'esprit d'ardeur au travail, la discipline, la vie frugale, la soif de connaissance et de recherche philosophique.10 Ils sont attachés aux valeurs de respect de la vie, de compassion pour tous les êtres, de contact avec la nature, de respect filial pour leurs parents, pour les personnes âgées et leurs ancêtres, et ils ont un sens hautement développé de la communauté.11 D'une façon particulière, ils considèrent la famille comme une source vitale de force, comme une communauté étroitement unie, avec un sens profond de la solidarité.12 Les peuples de l'Asie sont connus pour leur esprit de tolérance religieuse et de coexistence pacifique. Sans nier l'existence de tensions exacerbées et de conflits violents, on peut encore dire que l'Asie a souvent fait preuve d'une capacité remarquable d'adaptation et d'une ouverture naturelle à l'enrichissement mutuel des peuples, dans une pluralité de religions et de cultures. De plus, malgré l'influence de la modernisation et de la sécularisation, les religions asiatiques donnent des signes d'une grande vitalité et sont capables de renouveau, comme on l'a vu dans des mouvements de réforme à l'intérieur des divers groupes religieux. Beaucoup de personnes, spécialement les jeunes, éprouvent une soif profonde de valeurs spirituelles, comme le montre bien la montée des nouveaux mouvements religieux.

Tout cela indique un sens spirituel inné et une sagesse morale dans l'âme asiatique, et c'est là le centre autour duquel se construit le sentiment croissant d'« être asiatique ». Ce sens d'« être asiatique » se perçoit mieux et s'affirme mieux, non dans la confrontation et dans l'opposition, mais dans un esprit de complémentarité et d'harmonie. Dans ce cadre de complémentarité et d'harmonie, l'Eglise peut communiquer l'Evangile d'une manière qui est fidèle à la fois à sa propre Tradition et à l'âme asiatique.


Réalités économiques et sociales

7. Sur le plan du développement économique, les situations sur le continent asiatique sont très diverses, défiant toute classification. Certains pays sont hautement développés, d'autres sont en voie de développement grâce à des politiques économiques efficaces, d'autres encore se trouvent toujours dans une misérable pauvreté, et même parmi les nations les plus pauvres de la terre. Dans le processus de développement, le matérialisme et le sécularisme gagnent aussi du terrain, spécialement dans les zones urbaines. Ces idéologies, qui minent les valeurs traditionnelles, sociales et religieuses, menacent les cultures de l'Asie de dommages incalculables.

Les Pères du Synode ont parlé des changements rapides qui adviennent à l'intérieur des sociétés asiatiques ainsi que des aspects positifs et négatifs de ces changements. Parmi eux, il y a le phénomène de l'urbanisation et l'apparition d'immenses concentrations urbaines, souvent avec de larges zones touchées par la crise, où se développent le crime organisé, le terrorisme, la prostitution et l'exploitation des catégories les plus faibles de la société. L'émigration est aussi un phénomène social majeur, exposant des millions de personnes à des situations économiquement, culturellement et moralement difficiles. Les populations émigrent à l'intérieur de l'Asie et hors de l'Asie vers d'autres continents pour beaucoup de raisons, parmi lesquelles la pauvreté, la guerre et les conflits ethniques, la négation de leurs droits humains et de leurs libertés fondamentales. La construction de gigantesques complexes industriels est une autre cause de migration interne et externe, qui s'accompagne d'effets destructeurs pour la vie familiale et pour ses valeurs. On a mentionné aussi l'installation de centrales nucléaires, réalisée avec une attention particulière aux coûts et à l'efficacité, mais avec peu de considération pour la sécurité des personnes et pour l'intégrité de l'environnement.

Le tourisme exige aussi une attention spéciale. Bien qu'il soit une industrie légitime avec ses propres valeurs culturelles et éducatives, il a dans certains cas une influence dévastatrice sur les physionomies morale et physique de nombreux pays asiatiques, se manifestant sous forme d'avilissement chez les jeunes femmes et même chez les enfants, à travers la prostitution.13 La pastorale des migrants aussi bien que des touristes est difficile et complexe, spécialement en Asie où les structures de base pour l'assurer n'existent pas toujours. La planification pastorale à tous les niveaux doit prendre en compte ces réalités. Dans ce contexte, il ne faudrait pas oublier les migrants des Eglises catholiques orientales, qui ont besoin d'une pastorale en accord avec leurs propres traditions ecclésiales.14

Certains pays asiatiques font face à des difficultés liées à la croissance de leur population, qui n'est « pas simplement un problème démographique et économique mais particulièrement moral ».15 Il est clair que la question de la population est étroitement liée à celle de la promotion humaine, mais il y a une multiplicité de fausses solutions qui menacent la dignité et l'inviolabilité de la vie; elles représentent un défi particulier pour l'Eglise en Asie. Il est peut-être opportun ici de rappeler la contribution de l'Eglise à la défense et à la promotion de la vie, que ce soit dans le domaine de la santé, du développement social ou de l'éducation, au bénéfice des populations, spécialement des pauvres. Il était bon que l'Assemblée spéciale pour l'Asie rende hommage à la regrettée Mère Teresa de Calcutta, « qui était connue partout dans le monde pour son amour et ses soins désintéressés des plus pauvres parmi les pauvres ».16 Elle demeure un modèle du service de la vie que l'Eglise offre en Asie, en opposition courageuse aux nombreuses forces maléfiques qui agissent dans la société.

Un certain nombre de Pères synodaux ont souligné les influences extérieures qui pèsent sur les cultures asiatiques. De nouveaux modes de comportement apparaissent par suite d'une exposition excessive aux médias et aux types de littérature, de musique et de films qui prolifèrent sur le continent. Sans nier que les moyens de communication sociale puissent être une grande force pour le bien,17 on ne peut ignorer l'impact négatif qu'ils produisent souvent. Leurs effets bénéfiques peuvent parfois être rendus vains par la façon dont ces moyens sont contrôlés et utilisés par ceux qui ont des intérêts politiques, économiques et idéologiques douteux. Il en résulte que les aspects négatifs des médias et des industries du spectacle menacent les valeurs traditionnelles, en particulier le caractère sacré du mariage et la stabilité de la famille. L'effet des images de violence, d'hédonisme, d'individualisme et de matérialisme sans frein « frappe droit au cœur des cultures asiatiques, au caractère religieux du peuple, des familles et de sociétés tout entières ».18 C'est une situation qui représente un grand défi pour l'Eglise et pour la proclamation de son message.

La réalité persistante de la pauvreté et de l'exploitation des personnes suscite la plus grande inquiétude. Il y a en Asie des millions d'individus opprimés qui pendant des siècles ont été maintenus économiquement, culturellement et politiquement en marge de la société.19 Réfléchissant sur la situation des femmes dans les sociétés de l'Asie, les Pères synodaux ont constaté que, « bien que l'éveil de la prise de conscience par les femmes de leur dignité et de leurs droits soit un des signes les plus significatifs de notre temps, la pauvreté et l'exploitation des femmes demeurent un sérieux problème dans toute l'Asie ».20 L'analphabétisme chez les femmes est beaucoup plus élevé que chez les hommes; et les enfants de sexe féminin risquent plus d'être victimes d'avortement provoqué ou même tués aussitôt après la naissance. Il y a aussi des millions d'indigènes ou d'autochtones à travers l'Asie qui vivent dans un isolement social, culturel et politique par rapport à la population dominante.21 Il était rassurant d'entendre les Evêques au Synode mentionner que dans certains cas on prête maintenant une plus grande attention à ces questions au niveau national, régional et international, et que l'Eglise cherche activement à aborder cette sérieuse situation.

Les Pères du Synode ont fait remarquer que cette réflexion, nécessairement brève, sur les aspects des réalités économiques et sociales de l'Asie ne serait pas complète si l'on ne reconnaissait pas aussi la croissance économique considérable de nombreuses sociétés asiatiques dans les récentes décennies: une nouvelle génération de travailleurs qualifiés, de scientifiques et de techniciens croît jour après jour et leur grand nombre augure bien du développement de l'Asie. Néanmoins, tout n'est pas stable ni solide dans ces progrès: cela est apparu à l'évidence lors des récentes et graves crises financières subies par de nombreux pays de l'Asie. L'avenir de l'Asie réside dans la coopération, en Asie et avec les pays d'autres continents, mais en s'appuyant toujours sur ce que font les peuples de l'Asie eux-mêmes en vue de leur propre développement.


Réalités politiques

8. Il est nécessaire que l'Eglise ait toujours une connaissance exacte de la situation politique dans les différents pays où elle cherche à remplir sa mission. En Asie, aujourd'hui, le panorama politique est hautement complexe, présentant un ensemble d'idéologies qui va des formes démocratiques de gouvernement aux formes théocratiques. Les dictatures militaires et les idéologies athées sont très présentes. Certains pays reconnaissent une religion officielle d'Etat qui ne permet que peu ou pas de liberté religieuse pour les minorités et pour les adeptes d'autres religions. D'autres Etats, même s'ils ne sont pas explicitement théocratiques, réduisent les minorités à être des citoyens de seconde zone, avec peu de garanties pour leurs droits humains fondamentaux. En certains endroits, les chrétiens n'ont pas le droit de pratiquer librement leur foi ni d'annoncer Jésus Christ à leurs frères.22 Ils sont persécutés et on leur dénie leur place légitime dans la société. Les Pères synodaux ont fait spécialement mention du peuple de la Chine et ils ont exprimé le fervent espoir que tous leurs frères et sœurs catholiques chinois seront un jour en mesure de pratiquer leur religion en toute liberté et de professer ouvertement leur pleine communion avec le Siège de Pierre.23

Tout en appréciant les progrès que réalisent de nombreux pays asiatiques sous divers systèmes de gouvernement, les Pères du Synode ont aussi attiré l'attention sur la corruption largement répandue qui existe à différents niveaux des gouvernements et de la société.24 Trop souvent, les gens semblent impuissants à se défendre eux-mêmes contre les politiciens, les autorités judiciaires, les administrateurs et les bureaucrates corrompus. Cependant, à travers l'Asie, il y a une conscience croissante de la capacité des personnes de changer des structures injustes. On note de nouvelles demandes pour une plus grande justice sociale, pour davantage de participation au gouvernement et dans l'économie, pour l'égalité des chances en éducation et pour le juste partage des ressources de la nation. Les personnes deviennent de plus en plus conscientes de leur dignité humaine et de leurs droits, et davantage déterminées à les sauvegarder. Des groupes minoritaires ethniques, sociaux et culturels, longtemps inactifs, cherchent des façons de devenir des agents de leur progrès social. L'Esprit de Dieu aide et soutient les efforts des peuples pour transformer la société de telle sorte que l'aspiration humaine à une vie plus abondante puisse être satisfaite comme Dieu le veut (cf. Jn 10, 10).


L'Eglise en Asie: passé et présent

9. L'histoire de l'Eglise en Asie est aussi vieille que l'Eglise elle-même, puisque c'est en Asie que Jésus répandit l'Esprit Saint sur ses disciples et les envoya aux confins de la terre pour proclamer la Bonne Nouvelle et rassembler des communautés de croyants. « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21; voir aussi Mt 28, 18-20; Mc 16, 15-18; Lc 24, 47; Ac 1, 8). Suivant le commandement du Seigneur, les Apôtres prêchèrent la Parole et fondèrent des Eglises. Il peut être utile de rappeler quelques éléments de cette histoire fascinante et complexe.

De Jérusalem, l'Eglise s'étendit à Antioche, à Rome et au-delà. Elle atteignit l'Ethiopie au Sud, la Scythie au Nord et l'Inde à l'Est, où, selon la tradition, l'Apôtre saint Thomas se rendit en l'an 52 et fonda des Eglises dans l'Inde du sud. L'esprit missionnaire de la communauté de l'est de la Syrie au IIIe et au IVe siècles, avec son centre à Edesse, était remarquable. Les communautés ascétiques de Syrie constituèrent une force capitale pour l'évangélisation en Asie à partir du IIIe siècle et au-delà. Elles fournirent l'énergie spirituelle de l'Eglise, spécialement pendant les temps de persécution. L'Arménie fut la première nation à embrasser dans son ensemble le christianisme à la fin du IIIe siècle; et elle se prépare maintenant à célébrer le 1700e anniversaire de son baptême. Dès la fin du Ve siècle, le message chrétien avait atteint les royaumes arabes, mais, pour de nombreuses raisons, y compris les divisions entre les chrétiens, le message ne réussit pas à s'implanter parmi ces peuples.

Des marchands persans portèrent la Bonne Nouvelle en Chine au Ve siècle. La première Eglise chrétienne y fut implantée au début du VIIe siècle. Pendant la dynastie T'ang (618-907 apr. J.C.), l'Eglise fut florissante durant près de deux siècles. Le déclin de cette Eglise vivante en Chine à la fin du premier millénaire est un des chapitres les plus tristes de l'histoire du peuple de Dieu sur le continent.

Au XIIIe siècle, la Bonne Nouvelle fut annoncée aux Mongols, aux Turcs et une fois de plus aux Chinois. Mais le christianisme a presque disparu de ces régions pour plusieurs raisons, parmi lesquelles la montée de l'Islam, l'isolement géographique, l'absence d'une adaptation appropriée aux cultures locales et peut-être par-dessus tout un manque de préparation pour rencontrer les grandes religions de l'Asie. La fin du XIVe siècle vit la diminution drastique de l'Eglise en Asie, sauf pour la communauté isolée du sud de l'Inde. L'Eglise en Asie devait attendre une nouvelle époque d'effort missionnaire.

Les activités apostoliques de saint François-Xavier, la fondation de la Congrégation de Propaganda Fide par le Pape Grégoire XV et les directives données aux missionnaires de respecter et d'apprécier les cultures locales contribuèrent à obtenir des résultats plus positifs au cours du XVIe et du XVIIe siècles. Au XIXe siècle, il y eut une reprise de l'activité missionnaire. Diverses congrégations religieuses se consacrèrent sans réserves à cette tâche. Propaganda Fide fut réorganisée. On mit davantage l'accent sur l'édification des Eglises locales. Les œuvres d'éducation et de charité allèrent de pair avec la prédication de l'Evangile. En conséquence, la Bonne Nouvelle continua d'atteindre davantage de personnes, spécialement parmi les pauvres et les défavorisés, mais aussi çà et là parmi l'élite sociale et intellectuelle. De nouvelles tentatives furent faites pour inculturer la Bonne Nouvelle, bien qu'elles se soient avérées totalement insuffisantes. Malgré sa présence séculaire et ses nombreuses entreprises apostoliques, l'Eglise, en de nombreux endroits, était toujours considérée comme étrangère à l'Asie et, concrètement, dans l'esprit des gens, elle était souvent associée aux puissances coloniales.

Telle était la situation à la veille du deuxième Concile du Vatican; mais, grâce à l'impulsion donnée par le Concile, une nouvelle compréhension de la mission se fit jour et avec elle une grande espérance. L'universalité du dessein salvifique de Dieu, la nature missionnaire de l'Eglise et la responsabilité de tous dans l'Eglise pour cette tâche, si fortement réaffirmées par le décret conciliaire sur l'activité missionnaire Ad gentes, devinrent le cadre d'un nouvel engagement. Au cours de l'Assemblée spéciale, les Pères du Synode témoignèrent de la récente croissance de la communauté ecclésiale parmi de nombreux peuples différents dans diverses régions du continent, et ils lancèrent un appel pour de nouveaux efforts missionnaires dans les années à venir, spécialement en fonction des nouvelles possibilités d'annoncer l'Evangile qui apparaissent en Sibérie et dans les pays de l'Asie centrale qui ont récemment obtenu leur indépendance, tels que le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Tadjikistan et le Turkménistan.25

Un tour d'horizon des communautés catholiques en Asie fait apparaître une magnifique variété en raison de leur origine et de leur développement historique, et aussi à cause des diverses traditions spirituelles et liturgiques des différents rites. Pourtant toutes sont unies dans l'annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ par le témoignage chrétien, les œuvres de charité et la solidarité humaine. Tandis que certaines Eglises particulières remplissent leur mission dans la paix et la liberté, d'autres se trouvent dans des situations de violence et de conflit ou se sentent menacées par divers groupes, pour des motifs religieux ou autres. Dans le monde culturel largement diversifié de l'Asie, l'Eglise fait face à des défis spécifiques sur les plans philosophique, théologique et pastoral. Sa tâche est rendue plus difficile du fait qu'elle est minoritaire. La seule exception est constituée par les Philippines, où les catholiques sont majoritaires.

Quelles que soient les circonstances, l'Eglise en Asie se trouve parmi des peuples qui témoignent d'un désir intense de Dieu. L'Eglise sait que cette soif ne peut être pleinement satisfaite que par Jésus Christ, la Bonne Nouvelle de Dieu pour toutes les nations. Les Pères synodaux ont vivement souhaité que la présente exhortation apostolique post-synodale soit centrée sur cette aspiration et encourage l'Eglise en Asie à proclamer avec vigueur, en paroles et en actes, que Jésus Christ est le Sauveur.

L'Esprit de Dieu, toujours à l'œuvre dans l'histoire de l'Eglise en Asie, continue à la guider. Les nombreux éléments positifs trouvés dans les Eglises locales et fréquemment soulignés au Synode fortifient notre attente d'un « nouveau printemps de vie chrétienne ».26 Un sérieux motif d'espérance se trouve dans le nombre grandissant de fidèles laïcs mieux formés, enthousiastes et remplis de l'Esprit, qui sont de plus en plus conscients de leur vocation spécifique au sein de la communauté ecclésiale. Parmi eux, les catéchistes laïcs sont dignes de reconnaissance et d'éloges particuliers.27 Les mouvements charismatiques et apostoliques sont, eux aussi, un don de l'Esprit; ils apportent vie nouvelle et énergie dans la formation des laïcs, hommes et femmes, des familles et de la jeunesse.28 Les associations et les mouvements ecclésiaux qui se consacrent à la promotion de la dignité de la personne et de la justice rendent accessible et tangible l'universalité du message évangélique de notre adoption comme enfants de Dieu (cf. Rm 8, 15-16).

En même temps, il y a des Eglises qui vivent dans des situations très difficiles, « connaissant des épreuves intenses dans la pratique de leur foi ».29 Les Pères synodaux furent émus par ce qui fut rapporté sur le témoignage héroïque, la persévérance inébranlable et la croissance constante de l'Eglise catholique en Chine, par les efforts de l'Eglise en Corée du Sud pour offrir de l'aide aux habitants de la Corée du Nord, par l'humble détermination de la communauté catholique au Viêt-nam, par l'isolement des chrétiens dans des lieux comme le Laos et le Myanmar, par la difficile coexistence avec la majorité dans certains Etats à prédominance islamique.30 Le Synode prêta une attention spéciale à la situation de l'Eglise en Terre Sainte et dans la Ville Sainte de Jérusalem, « le cœur du Christianisme »,31 ville chère à tous les enfants d'Abraham. Les Pères du Synode exprimèrent la conviction que la paix dans la région et même dans le monde dépend en grande partie de la paix et de la réconciliation qui, depuis si longtemps, sont restées lettre morte à Jérusalem.32

Je ne puis conclure ce bref panorama de la situation de l'Eglise en Asie, nécessairement incomplet, sans mentionner les saints et les martyrs de l'Asie, à la fois ceux qui ont été reconnus et ceux qui sont connus de Dieu seul, dont l'exemple est une source « de richesse spirituelle et un puissant moyen d'évangélisation ».33 Ils parlent silencieusement mais très puissamment de l'importance qu'il y a à mener une vie sainte et à offrir volontiers sa vie pour l'Evangile. Ils sont les maîtres, les protecteurs, la gloire de l'Eglise en Asie dans sa tâche d'évangélisation. Avec l'Eglise entière, je prie le Seigneur d'envoyer beaucoup plus d'ouvriers pour récolter la moisson d'âmes que je vois prête et abondante (cf. Mt 9, 37-38). Je voudrais à ce sujet rappeler ce que j'ai écrit dans Redemptoris missio: « Dieu ouvre à l'Eglise les horizons d'une humanité plus disposée à recevoir la semence évangélique ».34 Cette perspective d'un horizon nouveau et prometteur, je la vois se réaliser en Asie, où Jésus est né et où le christianisme a commencé.