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Eucharistie et Mission

François Glory

François Glory

Suite à notre w. e au Bec Hélouin, j’ai repris un texte que j’avais écrit au Brésil après la parution de l’encyclique Ecclesia de Eucharistia de Jean-Paul II, datée du Jeudi- Saint de 2003. Il ne présente donc pas un exposé méthodique sur l’Eucharistie. Les participants retrouveront quelques thèmes abordés qui permettront de poursuivre le débat. La question reste ouverte. Il est une fausse piste qu’il faut éviter et qui ne permet pas d’avancer.
Avant de commencer à répondre à la question délicate de savoir si Jésus est vraiment présent dans le pain et le vin, il est plus judicieux d’aborder le thème de l’eucharistie par une vision d’ensemble. Qu’est-ce que nous célébrons dans l’eucharistie et qui célèbre l’eucharistie ? En déplaçant notre regard, nous pourrons trouver une réponse à la première question. Les paragraphes qui suivent sont des questions surgies au cours de la lecture de Ecclesia de Eucaristia, la conclusion invite à entrer dans la compréhension du langage symbolique.

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1) Introduction.
 
L’encyclique traite de la fonction de l’eucharistie comme mystère qui nourrit et édifie l’Église. Elle donne une présentation très riche de la relation intime qui existe entre le Christ et son corps, l’Église. Jean-Paul II épouse bien, d’une certaine manière, la vision théologique et mystique de Saint Thomas d’Aquin qui fut un génie de la théologie, et aussi, il ne faut pas l’oublier, un profond et authentique mystique. La démarche de Saint Thomas est plus qu’une réflexion intellectuelle, elle prétend aussi exprimer son expérience de foi en concepts intelligibles pour répondre aux questions soulevées à son époque, celles surtout suscitées par l’hérésie de Bérenger de Tours qui remettait en cause . St Thomas va donc affirmer contre ce qui était mis en doute : l’Eucharistie contient le verum corpus du Christ, natum de Maria Virgine

L’élément affectif et expérimental pour Saint Thomas est important pour comprendre, et Jean Paul II parle aussi de son expérience personnelle en faisant allusion à son pèlerinage en Terre Sainte. Ecoutons St Thomas d’Aquin : Pour ce qui est de l’Eucharistie,  « le mode d’être selon lequel le Christ est dans ce sacrement est complètement surnaturel (penitus supernaturalis) » et inaccessible à toute intelligence créée, sinon par la foi ou la vision béatifique . Cette affirmation démontre l’importance pour Saint Thomas de la dimension tant affective que mystique pour saisir la profondeur de l’eucharistie.
L’encyclique qui part de citations de la Sainte Ecriture, utilise au passage, avec force, les arguments thomistes et les déclarations Tridentines et s’appuie avec vigueur sur la Tradition séculaire de l’Église en puisant chez les Pères de l’Église. Ceci est une manière de procéder, il peut en exister d’autres, nous allons le voir.
La référence à Saint Thomas doit aussi prendre en compte sa méthode intellectuelle. Acceptons de reconnaître que ce maître avait une pensée en perpétuelle recherche et que fossiliser ses concepts théologiques serait certainement s’éloigner de sa vision théologique. La citation supra aide à comprendre que pour lui, l’intelligence humaine et le raisonnement purement intellectuel ne résolvent point les questions de foi. Il nous faut admettre nos propres limites en la matière.

2) Eucharistie et Ethique.

Au chapitre premier, paragraphe 20, est clairement exposée la dimension éthique de l’eucharistie, souvent oubliée comme si la foi n’avait aucune incidence sur la vie sociale ou la transformation du monde. Le chrétien peut y puiser certainement les fondements de sa responsabilité politique, s’il saisit la tension eschatologique inhérente à l’eucharistie. Jean Paul II est logique avec sa propre vision ecclésiologique qui a fait de lui, le Pape pèlerin et héraut des droits de la personne humaine, même si l’on peut relever quelques ambiguïtés inhérentes à toutes prises de positions sociale ou politique.
Ses interventions fréquentes en faveur des droits de l’homme ou de la paix sont la conséquence de cette vision. L’eucharistie construit l’Église et transforme le monde. La présence du Christ Ressuscité, Celui qui vient, appelle l’Église à être dynamique ou en d’autres mots à se définir comme sans cesse envoyée au monde. L’eucharistie n’est pas un refuge qui nous éloignerait du monde mais un appel permanent à le transformer, il s’adresse à tous ceux qui au cours de la célébration sont devenus le Corps du Christ pour le salut du monde.
L’eucharistie est ferment dans le monde et levain de transformation . Peu de fois, pour ne pas dire jamais, le lien entre l’eucharistie et sa dimension sociale ou éthique ne fut développé avec autant de clarté et d’insistance dans les textes officiels de l’Eglise, par ailleurs les ouvrages sur ce sujet ne manquant pas. Jean Paul II a le courage de ne pas réduire l’eucharistie à un acte purement religieux qui n’aurait aucune influence sur la vie en société. Si la foi est une démarche personnelle et intérieure, il est clair que le St Père n’a jamais pensé, ni suggéré réduire la religion à une pratique qui relèverait de convictions et manifestations seulement individuelles. La religion chrétienne parfois assimilée à un élément culturel de civilisation au même titre que les autres religions doit devenir un élément d’humanisation par le regard radical qu’elle porte sur la grandeur de tout être humain sauvé en Jésus- Christ sans distinction de race ou de classe sociale.
Jean Paul II ouvre une pratique anthropologique chrétienne et en même temps en élabore la théorie. On peut faire quelques réserves, il est vrai, à son anthropologie androcentrique dépendante de toute la tradition judéo-chrétienne. Nous sommes encore loin d’avoir pris au sérieux la phrase si révolutionnaire de Paul il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus (Gal 3,28).  Il est vrai que St Paul est toujours catalogué par des clichés qui font écran à sa pensée.
A l’heure où apparaît l’importance des religions dans les décisions et les comportements humains, l’Eglise doit renouveler sans cesse sa façon d’être au monde. En replongeant aux sources de l’eucharistie, elle en redéploie toute la dimension sociale et cosmique.

3) La Patristique.

Les références aux Pères de l’Église sont fréquentes et donnent du poids à l’argumentation de l’encyclique. Cette veine aurait gagnée à être plus exploitée, par exemple le raisonnement d’un Saint- Augustin qui en utilisant le langage symbolique évite les écueils de la problématique thomiste :  Si donc vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre mystère qui est placé sur la table du Seigneur, c’est votre mystère que vous recevez. Soyez ce que vous voyez et recevez ce que vous êtes .

4) Les exigences de la célébration.

Clairement et avec un certain sens pastoral sont exposées les exigences pour une authentique célébration eucharistique. Jean-Paul II est préoccupé par certaines dérives. Il rappelle comme le fit St Paul en son temps pour les Corinthiens, (1Cor.11) que chacun doit être pleinement conscient de ce qu’il célèbre et de ce qu’il reçoit.
L’eucharistie n’est pas une agape fraternelle mais la célébration du mystère pascal. Personne n’est propriétaire de l’eucharistie et pour cette raison, entre autres, elle ne peut être transformée ou confondue avec un autre événement, si important soit-il. La liturgie est un art qui a besoin de vie et non un rituel sans âme. Il faut savoir entrer dans l’esprit de la célébration et donner vie au rite en le reliant à la vie sans lui faire perdre sa signification première. Je me souviens d’un voyage à Madagascar où sans connaître le malgache, j’ai participé aux liturgies locales. J’ai vraiment été ému de voir comment ce peuple entrait en prière. L’assemblée formait un seul chœur à plusieurs voix, très belles et douces, s’ensuivait un recueillement profond de tous. Enfants, jeunes et adultes étaient dans une attitude d’adoration silencieuse. Le silence était plénitude. J’ai senti qu’il se passait quelque chose, une certaine expérience mystique. Je n’ai pas souffert de la longueur de la célébration car nous étions en communion de foi. Une seule âme, un seul cœur.

5) Le mystère Pascal est bien mis en évidence par le commentaire qui est fait de l’acclamation  du mystère de la foi : nous proclamons ta mort Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la Gloire.
Le mémorial placé au centre de la célébration et relié à la Parousie, permet de mieux comprendre quel est le centre théologique et liturgique de la célébration de l’Eucharistie. Rappelons qu’il n’en a pas été toujours ainsi. L’encyclique conserve toutefois quelques traits ou accents propres à la problématique romaine. Pie XII initia la réforme des célébrations de la Semaine Sainte. J’étais gamin à l’époque et j’ai eu le bonheur de voir son évolution grâce aux splendides liturgies célébrées à la paroisse St Michel de Marseille, dans les années 50. C’était un haut lieu de la Mission de France. La réforme liturgique de Vatican II  reprendra ce courant rénovateur. A partir de cette époque, nous laissons une vision tridentine où prédominait la réaction à la Réforme protestante. Tout était centré alors sur le Sacrifice du Christ qui paraissait se répéter à chaque messe, sans oublier l’importance exagérée qui était attribuée au pouvoir du célébrant, jusqu’à en oublier parfois le rôle primordial de l’Esprit- Saint. Les feux de la rampe étaient mis sur un moment privilégié, la consécration des dons.
 L’introduction des deux épiclésis dans nos nouvelles prières eucharistiques  redonnera sa place à l’Esprit Saint. Dans ce contexte, se situe l’affirmation de la présence réelle qui  isolée de l’ensemble, polarise sur elle toute la charge émotionnelle de la célébration avec son cortège de dévotions appropriées.
Avec la réforme liturgique apportée par Vatican II, un recentrage liturgique et théologique s’opère en direction du  mystère pascal qui devient le sommet de la célébration, donnant à l’eucharistie toute sa plénitude. 
Nous cueillons encore les fruits de cette évolution et de cette nouvelle interprétation, mais nous n’avons  pas réussi pourtant à passer totalement sur l’autre rive. Cela explique pourquoi inlassablement les documents romains utilisent les deux langages en avançant d’une part courageusement dans les eaux profondes de Vatican II, et d’autre part, par peur de se laisser porter par les courants du grand large, ils reviennent quelquefois en arrière, reprenant les affirmations de la théologie tridentine qui parait plus claire et plus traditionnelle. Son seul défaut, est de prétendre vouloir expliquer l’inexplicable. L’encyclique est un bon exemple de cette manière de procéder.
Nous sommes en présence de deux lectures qui se mélangent et se confrontent pour essayer de rendre intelligible le mystère de l’Eucharistie : une affirme que dans l’eucharistie nous tenons le verum corpus natum de Maria Virgine d’où aussi l’insistance de la figure de Marie dans l’eucharistie; l’autre lecture invite à contempler la présence du Ressuscité. Il se révèle car il porte en sa chair les plaies de la crucifixion, rendant ainsi présente la passion de Jésus- Christ.
Essayer de trouver, au sens matériel du terme, le corps de Jésus, dans l’eucharistie, n’est-ce pas la même tentation que de vouloir rencontrer de nouveau le Jésus historique ? Nous savons que nous ne le rejoignons qu’à travers la lumière de la foi pascale qui réinterprète le Jésus de l’histoire.  Il ne s’agit point de nier l’historicité de Jésus de Nazareth mais d’éviter de croire que les évangiles seraient une pure reconstitution de son histoire réelle. Il faudrait pour le moins supprimer ou gommer la résurrection du Christ. Les évangiles nous relatent ce que les premières traditions chrétiennes professaient au sujet de Jésus, proclamé et reconnu : Christ et Seigneur. Avouons qu’historiquement parlant, le matériau d’informations laissé par les premières communautés en ce qui concerne l’expression de leur foi est d’une importance inégalable! Les évangiles nous indiquent même les fausses pistes à éviter, comme celles qui consistent à chercher le corps du Seigneur dans le tombeau vide : Il n’est plus ici ! ( Mc 16, 6 ; Mt 28, 6 ; 24, 6).
Le mystère pascal n’aurait-il eu aucune sorte de conséquences sur la nature de Jésus devenu par sa mort et résurrection, le Christ (Rm 1,3) ? Il faut aller plus profond dans l’investigation, car nous ne pouvons d’un côté affirmer la présence du corps de Jésus et de l’autre proclamer la résurrection du Seigneur, sans tirer toutes les conséquences théologiques que cela entraîne.
Soutenir que Jésus s’est donné sacramentellement à la Cène, le soir du Jeudi- Saint, c’est anticiper ce qui ne peut l’être. Comme pour les évangiles, il faut se souvenir que les récits de la Cène sont des relectures théologiques et non point des comptes- rendus relatant les faits tels qu’ils se sont passés. Jésus est mort pour nous sauver et Christ est ressuscité. Ce qui nous vient après, dans l’eucharistie est le fruit de la mort et de la résurrection, ce qui veut dire le  Corps et le Sang du Christ en Gloire. Pierre Grelot écrit : La réception du Corps du Christ dans le repas du Seigneur n’est compréhensible que s’il s’agit du Christ ressuscité.
Il se révèle donc risqué d’utiliser deux types de lectures qui ont leur propre thématique. Je reviendrai sur cet aspect en abordant la question du langage. La complexité de la question est évidente. Il faut avant tout clarifier l’emploi qui est fait de l’expression corps du Christ, et le replacer dans le contexte théologique et liturgique de chaque époque.

6) Au sujet de certaines citations bibliques.

Comme l’écrit Raymond E. Brown dans l’un des ses derniers ouvrages , certaines affirmations théologiques ont été construites à partir d’une interprétation équivoque de l’Ecriture. La théologie aurait besoin de s’actualiser et de revoir certains concepts en fonction des récentes découvertes bibliques. Il arrive souvent qu’au lieu de partir de ce que prétend dire le texte biblique, sont mis en avant idée ou concept théologiques, élaborés eux-mêmes à une époque déterminée et sujets à  la culture et à l’interprétation de l’époque en question. En théologie, ce qui était vrai hier devrait l’être encore aujourd’hui, mais la façon de l’exprimer doit- être repensée. Priorité est souvent donnée à la défense de la thèse en question qui s’habille d’arguments bibliques les plus divers.
Prenons deux exemples pour illustrer cette remarque : l’expression: Fraction du pain (At 2, 42 et 46) terme employé aussi par Luc dans l’épisode des disciples d’Emmaüs (Lc 24,35) ne peut être utilisée comme argument pour en déduire que l’Église naissante de Jérusalem célébrait expressément l’eucharistie telle que nous l’entendons et comprenons aujourd’hui ; elle n’existait pas encore sous la forme de célébration qu’elle prendra peu à peu pour exprimer la spécificité chrétienne. Ceci permet de comprendre que les premières communautés judéo-chrétiennes, fidèles à leurs pratiques juives à l’exemple du propre Seigneur Jésus, célébraient en outre ce qui deviendra plus tard notre eucharistie. De quelle manière se vivait la célébration et comment les premières communautés dénommaient-elles ce genre de réunions ? Il revient aux historiens de chercher la réponse  pour éclairer la réflexion théologique. Luc est très prudent et jamais il ne décrit la forme de la célébration et encore moins n’indique qui la préside! Paul, sur ce point bien antérieur à Luc, est plus clair dans la Première aux Corinthiens quand il délimite les critères d’une véritable célébration (1 Co 11, 17-33).
Un problème semblable se retrouve dans l’interprétation de l’Institution des Sept (At 6,1-7), utilisé pour justifier les diacres permanents qui n’ont en commun avec les Sept que le nom de diacre. En ce qui concerne leur fonction, les Sept remplis de l’Esprit et de sagesse  (At 6,3) comme les Apôtres, accomplissaient les mêmes œuvres que les Douze, ce qui n’est pas le cas de nos diacres ! Le texte des Actes ne les décrit jamais servant aux tables mais au contraire prêchant, évangélisant et baptisant.
La célébration de l’eucharistie et du baptême apparaît bien après la naissance de ce que nous considérons comme la première communauté de Jérusalem. Les études historiques sur les origines du christianisme montrent qu’existaient plusieurs groupes se réclamant de la foi en Jésus-Christ, chacun ayant développé leurs propres pratiques ou traditions. Leur unité se faisait autour de la reconnaissance de Jésus, Christ et Seigneur. Baptême et eucharistie vont ainsi prendre forme en devenant le cœur de la proclamation de la foi : être baptisé, c’est désormais appartenir au Christ en entrant dans la communauté qui proclame que Jésus est le Christ (Ga 3, 27) ; participer à l’eucharistie, c’est annoncer la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11, 26).
Le fait d’avoir quatre évangiles sans parler du corpus paulinien, aide à comprendre la diversité des origines de ce qui nous parvient unifié et structuré aujourd’hui, le Magistère est passé par là. Luc, dans sa narration des Actes des Apôtres nous décrit la naissance et l’expansion de l’Eglise qui se réalise par la puissance de l’Esprit. Ce dernier permet à la Parole d’être proclamée à Jérusalem et de retentir, à la fin du récit, jusqu’au cœur de la Rome impériale. L’interprétation théologique du début s’inspire de la dynamique de l’Exode. Un nouveau don, l’Esprit Saint, prend celui de la Loi remise autrefois à Moïse. Naissance, non point d’un nouvel Israël, ce qui supposerait la disparition de l’ancien, mais d’une nouvelle assemblée, l’Ekklésia, dans et par laquelle se célèbre désormais la Nouvelle Alliance. Ainsi est constituée l’Eglise .
Au désert, le Peuple de Dieu fut établi par le don de la Loi et se nourrissait du  mana.  A son tour, l’Eglise naît du don de l’Esprit et se nourrit de l’eucharistie, ce que Luc suggère dans At 2,42. Mélange de rupture et de continuité. La première communauté à Jérusalem reste fidèle aux pratiques judaïques, jusqu’aux chapitres 6 et 7 des Actes qui narrent la déchirure dont le martyre d’Etienne retrace le drame. La persécution à l’encontre des Hellènes dont les Sept font partie, va donner le signal du départ de la mission ad exteros. Luc évoque sobrement les conflits qui ont accompagné la naissance de l’Eglise et il nous invite, au cours de son récit, à laisser Jérusalem et à suivre les pas de Paul jusqu’à Rome, envoyé par la grâce de l’Esprit.
Ainsi, l’Église naît sur le chemin entre Jérusalem et Rome , héritière de la tradition judéo-chrétienne et enrichie par son ouverture à l’entrée des païens. La prédication des Apôtres et des missionnaires sont la manifestation du pouvoir de la Parole de Dieu annoncée jusqu’aux confins de la terre, la mission ne s’arrêtera plus. Dans cette pérégrination commencée symboliquement sur le chemin d’Emmaüs, l’eucharistie prend forme et garde son caractère missionnaire. Les Actes sont, avant tout, l’histoire de la Parole qui avance contre vents et marées dont Pierre et Paul sont les héros principaux. Le premier disparaît de la scène pour que l’action de l’Esprit se poursuive à travers le second. Les deux apôtres revivent dans leur propre histoire, la passion du Seigneur et ne deviennent figures fondatrices que par leur mission de serviteurs de la Parole qui fait naître l’Eglise.
L’Exode nous permet de comprendre l’Église : un peuple qui chemine vers le Royaume en s’alimentant du pain de Vie. Nous passons de la Terre au Royaume et l’eucharistie s’enrichit de la tension eschatologique car nos yeux regardent vers l’horizon de la Parousie. Le Concile Vatican II en reprenant à son compte la notion de Peuple de Dieu pour définir l’Eglise, s’inspire de la même interprétation théologique qui lui fait recentrer l’eucharistie sur le mystère Pascal tendu vers la Parousie. Le thème du passage, la Pâque est ainsi retrouvé pour illuminer de la même clarté, l’Eglise et l’eucharistie devenues inséparables car sacrement l’une avec l’autre de la présence de Celui qui les habite .
Les intuitions de Vatican II ont une cohérence théologique. Ceux qui résistent au terme de Peuple de Dieu, attribué à l’Église depuis Vatican II sont souvent les mêmes qui ont la nostalgie des positions pré-conciliaires au sujet de l’eucharistie, perçue exclusivement comme un sacrifice et non comme le repas du Seigneur, prémices du banquet eschatologique. Eux aussi sont cohérents. Lex orandi, Lex credendi, comme nous prions ainsi nous croyons. La vision d’une Eglise pyramidale a toujours placé les laïcs en état d’infériorité, et la seule chose qu’il leur soit demandée est bien sûr le silence respectueux devant le prêtre qui est mis à part. Nous sommes dans la dynamique opposée décrite dans l’épître aux Hébreux où le Christ ne devient Grand- Prêtre que par sa mort sur la croix, signe incontestable de sa solidarité avec l’humanité. 
N’oublions pas comment Paul va christianiser les différentes pratiques en cours dans les innombrables communautés qu’il évangélise. Il connaît les deux mondes culturels qu’il côtoie : le Juif et le Grec et il mesure tous les dérapages qui pourraient survenir si un groupe imposait sa pratique à l’autre. Sa foi de pharisien a été transformée, il la doit au Christ crucifié (1 Co 1, 23) qui a bouleversé sa vie. Paul évangélise donc la cène et le baptême les enracinant dans la mort et la résurrection du Seigneur. C’est le Mémorial du mystère de la Croix qui différencie les pratiques autant juives que païennes des célébrations chrétiennes naissantes. La Croix pour Paul est le point de rupture et l’unique référence qui permet de juger si la communauté se situe dans une  foi chrétienne authentique et vraie. La lettre aux Ephésiens, écrite pour parachever l’œuvre de l’apôtre et consolider l’unité de l’Église, exprime dans une formule d’extraordinaire synthèse, l’exigence et le pourquoi de cette unité : il n’y a qu’un Corps et qu’un Esprit, comme il n’y a qu’une seule espérance au terme de l’appel que vous avez reçu ; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ; un seul Dieu et Père de tous.. (Ep. 4,4-5). Relisons Romains 6, 3 : Ou bien ignorez- vous que baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Et dans  la 1er aux Cor.11, 26 : Toutes les fois que vous mangez de ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne.
Pour Paul, Jésus-Christ, est avant toute chose le Sacrement et la source de tout sacrement. Nous évitons ainsi l’écueil de la reconstitution historiciste  et nous donnons toute sa plénitude à la grâce du Père qui nous vient par l’unique Médiateur et l’unique Prêtre.
Refaire en mémoire ce que fit Jésus à la Cène n’est pas vouloir répéter ou mimer ce qu’il fit ou dit, ce qui serait en tuer l’esprit, mais continuer et perpétuer jusqu’à son retour l’ Action de Grâce qu’il initia  avec l’Église naissante, représentée par les Douze, le soir de son repas d’adieux. Il s’agit de rentrer dans l’esprit du Mémorial. Si le célébrant prie in persona Christi, c’est qu’il continue la prière du Christ initiée à la Cène et que le Christ ainsi par la personne du célébrant rend grâce à son Père.
Il importe donc d’interpréter avec justesse la vision qui ne fait pas de Jésus un fondateur de sacrement pour comprendre en profondeur qu’il est bien plus qu’un innovateur de rites : il est l’Eucharistie dans sa plénitude, réalisée dans la totalité du mystère Pascal. Cène- Croix- Résurrection sont une unique action de Salut, nous révélant que Jésus-Christ est : le Prêtre, l’Autel et l’Agneau. (Préface V du temps pascal). Toute insistance qui privilégie un aspect atrophie le champ de vision et empêche la découverte de la plénitude du mystère.
Il faudrait relire l’hymne aux Philippiens (2,6-11) et le début de la lettre aux Ephésiens (Eph 1,22-23) dans une perspective eucharistique pour en saisir la force et la puissance de transformation réalisée par le mystère pascal qui ne se réduit jamais à un pur changement de substances du pain et du vin mais atteint le Monde dans sa totalité. L’Eglise dont le Christ est la tête, n’est-elle pas dans le monde pour le transformer par la puissance de l’Esprit ?

Il est donc possible de réconcilier ce qui paraît opposé. Il suffit de ne pas en fermer l’herméneutique.
Quand Saint Thomas affirme que dans l’eucharistie nous avons le « verum corpus natum de Maria Virgine », il est clair que pour lui, il n’y a point rupture mais continuité entre le Jésus de Nazareth et le Christ Ressuscité. Pour Paul, l’unique point d’ancrage historique du Christ est la Croix de Jésus. Ainsi, pour St Thomas le Jésus de l’Incarnation est le fils de Marie, pour Paul c’est le Crucifié.
 Ces différentes visions complètent notre compréhension du mystère. Rappelons que les récits de la Cène en Mt 26, 28 et Mc 14, 24 mentionnent le sang de l’Alliance,allusion à l’Alliance mosaïque (Ex 24, 8) . Ils suggèrent que Jésus n’a pas aboli l’ancienne alliance, mais vient pour la réaliser en plénitude. Le sang versé est celui du Christ, unique et véritable sacrifice.
Paul en 1Co 11, 25 et Luc 22, 20 mettent l’accent sur un autre aspect. Cette tradition différente dont ils s’inspirent, a conservé une autre formule : Cette coupe est la Nouvelle Alliance en mon Sang, nouvelle alliance liée à la prophétie de Jérémie (Jr 31, 31-35). La première ayant échoué, Dieu fait une nouvelle alliance que le Christ inaugure.
Dés les débuts de l’Église, les accents peuvent s’inscrire dans des interprétations théologiques différenciées. Ces textes sont les témoins de traditions issues de milieux culturels distincts, judéo-chrétiens ou gréco- chrétiens, nées de leurs pratiques liturgiques non encore unifiées.
Ce survol rapide, suggère prudence dans nos interprétations, car une lecture doit toujours corriger l’autre. Le mystère de la présence du Seigneur s’illumine par la pratique de la contemplation mystique et la prise en compte des avancées exégétiques de ces dernières années qui peuvent renouveler notre intelligence des sources.
L’Encyclique souligne bien la façon dont il faut aborder la compréhension du mystère de l’Eucharistie en recommandant de ne séparer aucun des moments du  mysterium paschale dans lequel s’inscrit le mysterium eucharisticum (Introduction §2) Quand nous suggérons plus haut que Jésus ne peut être réduit à une fonction de fondateur du sacrement de l’eucharistie, il s’agit d’alerter notre regard afin que nous puissions découvrir d’autres horizons. De fait, le sacrement ne peut exister avant que Jésus n’ait été jusqu’au bout de sa mission et de son œuvre, c’est à dire avant qu’il ne donne sa vie. Jusqu’à cette heure, son heure, Jésus n’en peut donner que des signes, sous une forme prophétique 
Or, Jésus lui-même donnera l’archétype du sacrement de l’eucharistie quand il célèbrera la Cène, initiant le sacrement de la Rédemption en devenant Prêtre et Victime à la fois (Héb 9,11-12). Le sacrement de l’eucharistie atteint sa plénitude quand se réalisent la mort et la résurrection du Christ.
A la Cène, Jésus explicite ce qui va arriver sur la Croix : le don total et libre de son corps et de son sang. Il n’est pas de sacrement sans parole pour signifier l’action qui se réalise. A la Cène, Jésus prophétise ce qu’il accomplit sur la croix. Il remet en toute liberté sa vie et son corps entre les mains de ses amis qui l’accueillent sous la forme d’un repas sacré, avant de livrer son corps librement aussi, entre les mains de ses ennemis à l’heure de la passion, son heure, que lui seul a choisie pour accomplir la volonté du Père. Il meurt pour que le don soit total ; il ressuscite pour qu’il atteigne tous les hommes . La croix n’aurait pas de sens sans les paroles, sans le don prophétisé à la Cène. Ce don est total, il le consomme à la croix, mais il le pose à la Cène.
Poursuivons avec J. Guillet : Le nom de fraction du pain dans le récit d’Emmaüs est un anachronisme révélateur. C’est un mot de la liturgie chrétienne, et jamais Jésus ne l’avait employé, parce que la réalité qu’il désigne n’était née qu’à la Cène. Le récit se fait entendre dans le temps de l’Église et pour signifier ce qui se vit dans l’Église…Emmaüs est fait pour dire où le Ressuscité se trouve réellement présent. Assurément, maintenant qu’il est délivré de toutes nos limites et que sa chair est transfigurée par la puissance de l’Esprit, il est présent partout dans l’univers. Mais il est présent à sa manière, celle d’un « corps spirituel » (1Co 15, 44), celle d’un être qui se rend présent où il veut et comme il veut. Emmaüs montre que Jésus a voulu se rendre présent dans la fraction du pain. La présence eucharistique est, aux yeux de Luc, la forme permanente de la présence du Ressuscité.

Dans cette perspective, le sacrement a son point de départ à la Cène et son point d’arrivée à la Résurrection, mais il vit dans la dynamique que provoque l’espérance de la Parousie.

7) La dimension eschatologique.
Il reste donc encore à souligner l’importance de la dimension eschatologique de l’eucharistie. L’Encyclique frise bien cet aspect. L’unique réalité qui appartient à l’autre monde et qui vient jusqu’à nous, est le Corps du Christ Ressuscité sous les apparences que lui donne l’eucharistie. Le Christ a reçu un corps spirituel, il est passé de ce monde au Père, mais il nous a promis le pain descendu du ciel. Il continue présent à son Église et dans son Eglise à travers la célébration de l’eucharistie. L’Esprit et l’Épouse s’unissent pour dire Viens, Seigneur Jésus (Ap 22, 17).
L’Eucharistie est le banquet anticipé, annoncé en Isaïe (Is 25, 6-9). Elle est célébration des Noces (Is 54,1-10). C’est un thème qui traverse autant l’Ancien que le Nouveau Testament. Véritable célébration de l’Alliance qui annonce jusqu’à sa pleine réalisation, l’union du Christ et de son Église.


8) Quelle question, pour quel problème ?

Après avoir passé en revue quelques points touchant à l’interprétation du sens de l’eucharistie, que pouvons nous retenir d’essentiel ? Présence ou pas présence pour revenir à la question du début.
Citons de nouveau Saint Thomas d’Aquin : De quelle manière le pain est fait chair et le vin est converti en sang, étant donné que la nature de l’un et de l’autre est changée dans son essence, le juste qui vit de la foi ne cherche pas à la connaître avec minutie, à l’expliquer en détails au moyen d’arguments ni à la concevoir par la raison. Il préfère en effet donner son adhésion aux mystères célestes pour pouvoir, un jour, arriver à la récompense de la foi, au lieu de s’investir en vain, laissant de côté la foi, à vouloir comprendre ce qui ne peut-être compris, connaissant ce qui est écrit : Ne recherche pas ce qui est au dessus de toi.  Ecl 3,22 (De Corpore et Sanguini Domini) .
Savourons, encore l’attitude du grand Saint Thomas : La dernière parole de Thomas soumettant sa théologie au jugement de l’Église coïncide avec ce que, quelques mois auparavant, il confessait à frère Reginaldo de Piperno, qui lui demandait pour quoi il achevait son activité d’écrivain : « Tout ce que j’ai écrit je le considère comme paille. »
Alors échec des recherches intellectuelles ? L’intelligence sera-t-elle condamnée à ne pas comprendre ? Au XXI siècle, il est plus prudent de ne pas chercher à tout expliquer à partir de concepts utilisés au XII et XIII siècles, les réponses pourraient devenir plus confuses.
Ce langage théologique codé est difficilement accessible à des mentalités modernes et paraît sensiblement irrationnel pour celui qui en ignore les catégories. Les seuls mots de matière et substance ne sont plus chargés des mêmes sens. Cependant reconnaissons que l’homme du XXI siècle est ouvert à d’autres formes de langage. Les découvertes en matière de linguistique qui ont tant fait progresser l’exégèse biblique tout comme l’herméneutique, ouvrent des champs d’explorations et de possibilités immenses. Le langage doit s’inventer à chaque époque.

9)  Langage symbolique.

Parler de symbole est pour certains interprété comme une relativisation de la réalité. C’est méconnaître la puissance du langage symbolique et la valeur du symbole comme moyen de communication. Sans le symbole, il n’y a pas de langage.
Le langage symbolique permet de faire une autre herméneutique de nos textes bibliques. Prenons l’exemple de la chair et du sang du Seigneur qui expriment la totalité de l’être dans la culture hébraïque. Sur la croix, ils sont séparés et le résultat en est la mort sacrificielle de Jésus qui s’offre en  victime pour le salut du monde. La Résurrection va réunir ce que la mort avait séparé. Désormais, Corps et Sang du Christ en Gloire sont donnés dans l’eucharistie pour que nous vivions nous aussi de la vie même de Dieu.

Les expressions : corps spirituel, corps glorieux, doivent être entendues dans leur matérialité, ce qui est déjà une contradiction, ou reçues dans leur valeur symbolique ? Toutes les fois où dans l’évangile de Jean nous croisons un mal- entendu n’est-ce pas le résultat de la mauvaise compréhension de la part des juifs du langage de Jésus, volontairement symbolique ?
L’eau n’est pas l’Eau, la vie n’est pas la Vie, le pain n’est pas le Pain, les noces ne sont qu’une annonce des vraies noces de l’Agneau, la lumière est intérieure, la mort est autre, le Chemin et la Vérité ne sont pas des idées mais une personne qui nous conduit au Père. Quel évangile traduit mieux que celui de Jean le mystère de l’eucharistie, en réussissant la prouesse de ne pas séparer l’amour dû aux frères, de sa source qui naît dans la relation entre le Père et le Fils où tout est amour?
Il y a une dimension verticale et horizontale qui s’entrelacent et non pas réduction d’une vision à l’autre. Jean ouvre l’espace à tout moment, il multiplie non seulement les pains mais les motifs de rendre grâce. Après Cana, le premier signe, où le vin est donné en abondance comme signe des noces du Messie, il nous introduit à la profusion du don de Dieu : Si tu savais le don de Dieu (Jn 4,10). Don révélé dans sa totalité sur la Croix par le cœur ouvert, et qui s’amplifie au moment de l’apparition à Thomas : Heureux ceux qui croiront sans avoir vu (Jn 20,29), ce cœur ouvert ou ces mains percées et qui se laisseront transpercer le cœur par l’amour du Christ qui renvoie chacun à son frère.
Ainsi, comme Jean ne rapporte pas l’épisode de la transfiguration narrée par les synoptiques car son Christ apparaît en gloire dès le début, étrangement il ne raconte pas le récit de la Cène, car tout son évangile  nous introduit dans l’Eucharistie où  Jésus pain de Vie  rend sans cesse grâce au Père.

Jean n’explique pas, il révèle le mystère à celui qui accepte de le suivre dans la contemplation du Christ que nous livre son évangile. Entrer en eucharistie n’est pas s’attarder à savoir ce qui se passe ou à quel moment aurait lieu la consécration du pain et du vin, comme s’il s’agissait d’un acte quasi magique. Entrer en eucharistie c’est lire l’évangile de Jean pour vivre l’expérience mystique de sentir la présence du Vivant qui croît à chaque verset, en nos cœurs.
En Jean, l’expérience que fait le croyant de la présence du Seigneur, ne part pas de l’extérieur vers l’intérieur. Semblable à un feu ardent que la relation intime entre le disciple et son Seigneur fait briller, l’expérience devient lumière qui brille dans le coeur du disciple  bien aimé, à l’image de la gloire du Père qui resplendit sur la face du Christ (2 Cor 4, 6). Ce n’est qu’à ce prix que nous avons la connaissance de celui qui se fait présence, dans le creux de notre attente. Ici toute matérialité devient ignorance.
Se rejoignent ainsi les deux grands mystiques que sont Paul et Jean. Le mouvement se situe à l’intérieur du disciple qui s’ouvre à l’intimité du Christ. L’essentiel n’est plus dans le face à face mais dans l’absence qui creuse un vide dans lequel le Christ fait sa demeure pour que nous portions du fruit. Ne me touche pas dit Jésus ressuscité à Marie-Madeleine (Jn 20, 17), accepte la distance pour que l’excès de lumière ne t’empêche point de reconnaître la gloire du vivant.
Il suffit de penser aux expériences de St François d’Assise, Ste Catherine de Sienne, St Jean de la Croix, Ste Thérèse d’Avila, Bx Charles de Foucault ! et Ste Thérèse de Lisieux qui rêvait d’être prêtre pour tenir en ses mains le corps de Jésus ! Hommes ou femmes, ils ont fait l’expérience du Disciple bien aimé, reposer sa tête sur le cœur de Jésus.

L’Eucharistie est le sacrement de l’absence, au Brésil on dirait de la saudade, ce qui est intraduisible en français mais qui s’explique justement par ce sentiment que tout brésilien expérimente en se souvenant de ceux qu’il a quitté. Sur sa terre d’exil, il se souvient d’eux car il les aime profondément, il les rend alors présents par la pensée et en même temps, il éprouve un sentiment confus de joie à la pensée que les retrouvailles auront lieu tôt ou tard et il imagine cet instant merveilleux qui l’ennivre. La saudade est donc ce mélange des trois, le passé, le présent et le futur qui permet de ne pas sombrer dans la tristesse mais de maintenir vive l’espérance. C’est une musique joyeuse sur des paroles dramatiques. L’Eucharistie n’est-elle pas nourriture pour un peuple en exil qui vit dans l’espérance des retrouvailles. N’est-elle pas cette douce musique que nous laisse le Seigneur, qui nous envahit au cours de la célébration afin que nous puissions supporter son absence, jusqu’à ce qu’il vienne !
Avec Jean la source ne tarit point et son langage résiste au temps. Si l’Eucharistie est donc présence du Ressuscité qui se révèle à ceux qui acceptent de croire, terminons avec une dernière note de cette grande symphonie où nous pouvons percevoir la richesse des accords.
Les apparitions du Ressuscité se terminent toujours par un envoi en mission. Le mystère Pascal est la source de tout apostolat, écrivait François Xavier Durrwell . Si l’Eucharistie est présence du ressuscité comme nous avons essayé de le montrer, elle est donc aussi envoi en mission.
 Allez dans la paix du Christ.  Ite.
Recevant le Corps du Christ notre réponse est donc : Amen ! 

François Glory Paris le 08/ 06/ 05

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